Palais Ca’ Dario à Venise



Venise, la cité aux mille visages... Si la Sérénissime figure parmi les plus belles villes du monde, elle enfouit cependant bien des secrets et cache un grand nombre de mystères. Peu de touristes connaissent la face obscure de la Cité des Doges... et pourtant, il y a un lieu qui trône sur les eaux sombres du Grand Canal qui fait frémir tous les vénitiens. Quel est celui qui osera franchir les sinistres portes du Palais maudit Ca’ Dario à Venise ?

Ca’ Dario : Le palais maudit de Venise ?

La Sérénissime est frappée par une étrange malédiction qui semble s’abattre sur les propriétaires d’une illustre mais mystérieuse demeure... La Ca’ Dario. Cet austère édifice regorge de sombres histoires morbides qui ont marqué l’Histoire de la Cité des Doges.

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Le palazzo Dario à Venise : hanté ou pas ?

Le palais maudit semble renfermer un passé lourd et tragique qui ne peut laisser personne indifférent ! Si les murs pouvaient nous conter les détails des morts atroces et mystérieuses qui se sont succédées au fil des siècles, il est bien possible qu’ils hurlent de peur.

La construction du palazzo Dario

L’histoire commença en 1487 en plein coeur de Venise... Giovanni Dario, l’ambassadeur de la Serénissime à Constantinople décida de construire un somptueux palais dans le quartier du Dorsoduro, sur le Campiello Barbaro situé sur les rives de l’avenue aquatique. Les travaux ont été confié à l’architecte Pietro Lombardo.

Tout comme la célèbre Ca’ D’Oro, le palazzo Dario est sublimement orné de polychromes et demeure incontestablement élégant malgré son apparence bancale. Giovanni Dario souhaitait que son palais soit construit dans un style gothique vénitien et floral... Toutefois des caractéristiques de la Renaissance ont été ajoutées.

L’ambassadeur désirait que son palazzo soit spectaculaire aux yeux du monde entier, à l’image de son égo. La demeure fut également une grande source d’inspiration pour de nombreux artistes réputés. Les matériaux nobles utilisés pour sa construction ainsi que le raffinement des décorations sont sublimes et rivalisent avec quelques une des caractéristiques de la Basilique Saint Marc. Pour autant, on ne peut pas dire que la Ca’ Dario soit appréciée à Venise, et ce même dès le début de sa construction !

Les destins tragiques des propriétaires de la Ca’ Dario

Une fois le monument érigé, Giovanni Dario décida d’emménager avec sa fille Marietta, épouse du noble Vincenzo Barbaro, dans la nouvelle demeure. Dès l’emménagement, les premiers problèmes d’une longue série débutèrent au coeur de la nouvelle bâtisse mystérieuse...

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L’intérieur terrifiant du palais hanté Ca’ Dario

Quelques temps après l’installation du couple dans l’illustre palais, les affaires de Vincenzo Barbaro commencèrent sérieusement à se dégrader jusqu’au jour où le noble fit faillite ! Les descendants des actuels vénitiens ont certainement lu dans les journaux de l’époque la fin tragique et sordide de l’épouse de Vincenzo, Marietta Dario. La version officielle raconte que Marietta s’est enfermée dans une des pièces du palazzo pour se laisser mourir de faim et de chagrin... Cependant, de nombreuses questions restent en suspend : "Pourquoi le mari présent au palais n’a pas tenté de raisonner son épouse qui voulait se suicider ?". Un mari digne de ce nom aurait empêcher sa femme de faire une telle bêtise ! Mais pas Vincenzo... La version la plus probable mais non officielle de l’histoire serait que Vincenzo ait emmuré son épouse Marietta vivante en la laissant mourir de faim. Le mobile d’un tel crime n’est pas difficile à trouver... Le père de Vincenzo Barbaro, Francesco, possédait le palais voisin Barbaro et désirait vivement une main prise sur le palais Dario ! Mais il fut assassiné de manière tragique dans son jardin durant une nuit. On peut alors se demander si Vincenzo n’a pas emmuré sa femme vivante afin de devenir le propriétaire du palais et ainsi accomplir les rêves et dernières volontés de son défunt père ?

Mais à la mort de Marietta en 1515, Vincenzo ne devint pas le propriétaire du palais Dario ! Avant de mourir, son épouse prit soin de rédiger un testament dans lequel elle stipulait son désir que le palais ne soit jamais mis en vente mais qu’il soit mis à la disposition des ambassadeurs turcs. Après la mort de sa femme, Vincenzo se suicida à son tour avec un poignard. Leur fils Vicente connut également une mort tragique et très brutale, il se fit tuer dans une embuscade en Crète. L’autre fils de Marietta, Gasparo, hérita alors du sombre palazzo Dario qui resta dans la famille Barbaro jusqu’au XVIIIème siècle. Pendant de nombreuses années, plus personne n’entendit parler du monument, jusqu’au jour où...

Une succession de morts tragiques

Au début du XIXème siècle, l’édifice est tout de même racheté par un marchand arménien de pierres précieuses, le marquis Arbit Abdoll. En 1806, la Ca’ Dario est donc la demeure de cet homme anobli par Eugène de Beaumarchais. Mais voilà... huit ans après l’achat du sublime palais, Arbit Abdoll, francophile et républicain convaincu, fait faillite puis décède quelques temps après.

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La Ca’ Dario vue de derrière

Le temps passe et les morts brutales se font à nouveau oublier... Rawdon Lubbock Brown décide de racheter la palazzo Dario. Mais il est vite retrouvé mort en compagnie de son amant dans sa nouvelle demeure. Il semblerait que les deux hommes homosexuels se soient suicidés en raison du scandale provoqué par la liaison jugée choquante pour les moeurs de l’époque.

Le bâtiment est vite racheté par un nouveau propriétaire, un riche américain nommé Charles Briggs. Mais des rumeurs l’accablent concernant son homosexualité... il est contraint de fuir Venise pour se réfugier au Mexique. Son amant se suicidera également.

Dans les années 60, le célèbre ténor Mario del Monaco souhaite racheter le sublime palais bancal du Grand Canal. Les négociations sont entamées... mais pendant que le ténor se rend à Venise pour signer la vente de la bâtisse, il est rattrapé par la malédiction du palazzo : il est victime d’un grave accident de voiture.

En 1970, le comte Filippo Giordano delle Lanze, nouveau propriétaire du palais hanté de Venise, est retrouvé assassiné dans l’une des pièces de la demeure. Son majordome et amant, un croate de 19 ans le frappe à la tête et l’assassine. Il prend la fuite et se réfugie à Londres où la malédiction le poursuit : il est lui aussi assassiné !

Le destin dramatique de Kit Lambert

Deux ans après la mort tragique du comte et de son amant, le célèbre manager du groupe britannique "The Who", Kit Lambert, décide de racheter la bâtisse bien conscient des drames qui s’y sont déroulés.

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Kit Lambert, propriétaire de la Ca’ Dario

Cet excentrique adepte aux drogues et à l’alcool organise souvent de nombreuses soirées peu recommandables dans sa demeure. Mais il est rapidement rattrapé par le passé maudit du palazzo. Lambert confie à ses amis qu’il ne supporte plus les fantômes des victimes précédentes qui hantent la demeure...

Son cerveau détérioré par de nombreuses prises de drogues associées à ses délires fantomatiques le mènent tout droit dans une spirale infernale... Il est convaincu que le parquet de sa chambre craque sous ses pas et qu’il est incrusté de cervelle et de sang.

Lambert est un "bad boy" qui connait les coins les plus malfamés de Venise... Un soir, en manque de stupéfiant, il part à la recherche d’un dealer de drogue. Il se retrouve rapidement en train de danser dans l’une des discothèques branchées de la Cité des Doges. Complètement imbibé d’alcool, il chancelle et connait une violente altercation avec un homme... Il se retrouve dehors, les videurs de la discothèque, excédés par son comportement, l’ont mis à la porte ! Les rues de Venise sont vides... personne à l’horizon. Mais Lambert se sent menacé et en danger... Il titube dans les petites ruelles sombres et étroites de Venise, cherchant désespérément la Ca’ Dario qu’il ne parvient pas à retrouver ! Enfermé dans son délire paranoïaque, le manager se sent suivi, il est convaincu qu’il est observé par des espions qui veulent le tuer. Il arrive enfin au palais Dario, seul. Il monte les escaliers de sa demeure et allume la musique.

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Kit Lambert, manager du groupe The Who

Le lendemain, la musique continue de jouer... Mais Lambert ne répond plus. La porte de sa chambre est alors défoncée et lorsqu’on pénètre dans le lieu, le manager est découvert mort, étendu sur le sol du parquet qu’il entendait craquer. Une seringue est piquée dans son bras ballant. Les enquêteurs sont surpris : la dose injectée ne correspond pas "aux doses normales"... mais elle est prévue pour tuer ! Que s’est-il passé ? Personne ne le sait. Si les murs de la Ca’ Dario pouvaient parler, ils nous révéleraient bien des choses sordides et atroces. Mieux vaut finalement ne pas savoir.

Les versions de la mort de Lambert varient selon les biographies... Il y a des personnes qui racontent qu’il serait mort d’une hémorragie cérébrale suite à une grave chute dans les escaliers de la maison de sa mère dans la ville de Londres. D’autres disent que le manager aurait été tué dans les rues de Venise suite à une altercation avec un dealer. Certaines sources rapportent qu’il s’est suicidé ne supportant plus les esprits malsains qui envahissaient petit à petit son quotidien et son cerveau malade, rongé par les drogues et l’alcool. Qui sait ce qui s’est réellement produit dans le palazzo Dario ? Quoi qu’il en soit, les faits sont là : les propriétaires du palais semblent poursuivis par une malchance certaine, une malédiction peut-être ?

Une longue série de malheurs...

Toutes ces morts tragiques n’ont pas empêché le rachat du "palais tueur" par l’homme d’affaires vénitien, Fabrizio Ferrari. Quelque temps après son emménagement, il fait faillite et sa soeur Nicole qui habitait avec lui décède suite à un accident de voiture.

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La salle de bain du palais Dario

Les légendes de la Ca’ Dario ne cessent de poursuivre tous ceux qui daignent l’acheter. Une malédiction semble rattraper tous les propriétaires du palais qui trône fièrement sur les eaux vertes du Grand Canal de Venise comme-ci de rien n’était !

En 1985, Raul Gardini devient le nouveau propriétaire du sublime palazzo aux allures gothiques. La sombre et lugubre réputation de la Ca’ Dario n’était pourtant inconnue de personne... Tout le monde était au courant des fins tragiques et mystérieuses des acheteurs de la demeure. C’est simple : le palais Ca’ Dario était même devenu un signe avant-coureur de malchance certaine !

Cependant, Fabrizio n’a pas su résister aux charmes exquis de cette bâtisse bancale qui surplombe le Grand Canal. La Ca’ Dario située à seulement quelques mètres de la Basilique Santa Maria della Salute est réellement exceptionnelle et demeure incontestablement un bijou architectural de grande valeur. Son style unique à cheval sur le gothique, byzantin et Renaissance est remarquable. Les charmes du palais ont ensorcelé tous ses acheteurs : une sublime façade Renaissance en pierre d’Istrie ornée de polychromes et de médaillons circulaires. Un édifice bancal plus étroit que haut, bref, un monument unique qui vaut vraiment le détour. Toutefois, le palais renferme un lourd passé qui semble presque contagieux.

Quelques années après l’achat de son bijou bancal, Gardini prend conscience qu’il a effectué de mauvaises spéculations financières. Il est contraint de quitter ses fonctions dans le groupe Ferruzzi-Montedison. Son successeur à la direction du groupe porte des accusations qui deviennent rapidement publiques ! Le financement des partis politiques auraient été financés par une "caisse noire". Ce scandale mène alors le propriétaire de la Ca’ Dario vers les portes de la mort : il se suicide dans sa maison de Milan en 1993. Cependant, les circonstances et les raisons de la mort de cet homme d’affaires demeurent mystérieuses. Le pistolet dont il se serait servi pour se tuer a été retrouvé sur une table de chevet loin du corps sans vie de Gardini. La "scène du suicide" a également été obstruée par le comportement des ambulanciers qui ont enlevé le cadavre et certains éléments clé de l’enquête avant l’arrivée de la police. Le mystère demeure donc entier.

Un message d’avertissement sur la façade

Les légendes qui hantent le palazzo Dario perdurent...

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La façade révélatrice du palazzo Ca’ Dario !

Le temps semble n’avoir aucune emprise sur la terrible malchance ou malédiction qui poursuit tous les propriétaires de ce lieu chargé d’un passé lourd et morbide. Au fil des siècles, la Ca’ Dario a fait le malheur de ses occupants pourtant bien conscients des drames renfermés dans les murs de la bâtisse. Mais voilà, l’édifice fascine et intrigue. Il demeure le témoin macabre et malsain de nombreux destins tragiques. Woody Allen désirait ardemment acheter le monument... Mais après avoir pris connaissance du passé mystérieux de la demeure, il a renoncé au projet d’achat de la Ca’ Dario.

Sur la façade ornée de l’édifice, une personne a constaté la présence d’une inscription assez étrange qui pourrait être la clé du mystère tout entier : "Urbis Genio Joannes Darius" qui signifie "Giovanni Dario au génie de la ville". L’anagramme de cette phrase latine confère de nombreux questionnements : "Sub ruina insidiosa genero" qui signifie : "Celui qui habitera ces lieux ira à sa ruine". Ce message d’avertissement n’est-il pas la source de tous les malheurs de la Ca’ Dario ?

Visiter la Ca’ Dario à Venise

Vous vous demandez certainement s’il est possible de visiter ce monument qui a marqué l’Histoire de Venise ? Peut-être souhaitez-vous également l’acheter ?

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Le palais Dario par Monet

Le palazzo Dario n’est pas à vendre et nous en sommes bien contents ! Aujourd’hui, il est une propriété privée qui n’est pas ouverte aux visiteurs...

Cependant, le Musée d’Art de Venise (Peggy Guggenheim Collection) a signé un accord avec l’actuel propriétaire : la Ca’ Dario est donc ouverte aux visiteurs plusieurs fois par an, lors d’expositions d’art particulières. Avis aux amateurs !

Mais il faut avouer que le passé macabre du palazzo ne donne pas franchement envie de franchir ses portes inquiétantes qui renferment les souvenirs les plus austères et les plus terrifiants de Venise. Qui sait ce que les murs pourraient vous révéler ? Si vous apercevez la Ca’ Dario, n’oubliez pas de penser à tous ces malheureux pour qui la vie s’est arrêtée au sein même du palais... Car il constitue la dernière image de liberté de ses défunts propriétaires avant que la mort ne vienne les chercher.