Pont des soupirs à Venise



Le Pont des Soupirs ou Ponte dei sospiri est l’un des ponts les plus célèbres de Venise. Nul ne peut ignorer la triste histoire de ce lieu mythique chargé d’un passé lourd et peu commun... Le pont des soupirs revêtait une signification très particulière dans le coeur de ceux qui l’empruntaient en soupirant, d’où l’origine de son illustre nom : Pont des Soupirs...

La construction

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Le pont des soupirs vue du Rio di Palazzo

Le pont des soupirs à Venise passe au-dessus du Rio de Palazzo. Construit en 1602, il constitue l’unique lien entre la nouvelle prison des puits et le fameux Palais des Doges. On doit sa construction à l’architecte Antonio da Ponte également connu pour sa reconstruction du Pont du Rialto.

Le pont des soupirs représente l’un des lieux touristiques les plus célèbres de Venise en raison de son passé chargé d’émotions mais aussi en raison de son architecture. Ce pont est la représentation parfaite du style baroque. Ce passage de 10 mètres construit en marbre et en pierre d’Istrie possède des caractéristiques qui lui sont propres et qui font toute son originalité : il est le seul pont "fermé" de Venise permettant ainsi le passage à couvert de la prison au Palais. Il possède aussi des fenêtres grillagées en pierre présentes sur chacune des faces du pont. En les observant, on imagine très bien le ressenti des prisonniers qui l’empruntaient et qui voyaient Venise pour la toute dernière fois.

L’histoire du pont des soupirs

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Vue de la fenêtre du pont des soupirs

Franchissant le canal Rio de Palazzo, le pont des soupirs constitue le passage unique et obligé emprunté par les détenus de la prison des puits pour se rendre au tribunal du Palais des Doges. Ce dernier renfermait des lieux secrets dont personne ne connaissait l’existence : en-dessous des bureaux officiels du Palais Ducal se trouvaient en réalité des salles de torture et des salles d’interrogatoire. Il abritait également une prison secrète située dans les greniers appelée "Les plombs" dans laquelle fut enfermé le célèbre Casanova.

Le pont des soupirs qui relie la façade est du Palais des Doges à la nouvelle prison des puits recèle de secrets et regorge de tristesse. Il était emprunté par les prisonniers qui quittaient leur cellule pour se rendre au tribunal du Palais Ducal ou dans l’une des salles secrètes de torture ou d’interrogatoire. Ce chemin de croix obligé et tant redouté par les prisonniers est constitué d’un corridor double séparé par un mur, ainsi, les détenus pouvaient se croiser mais ne pouvaient ni se voir, ni se parler !

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L’intérieur du pont des soupirs

La face cachée de Venise...

En réalité, le pont des soupirs, également appelé Sarcophage volant, reflète l’image d’une Venise aux multiples visages, une ville mystérieuse qui a su cacher une partie obscure d’elle même en enfouissant de nombreux secrets bien gardés.

Le pont des soupirs pourrait également être qualifié de pont de la mort. Il est la représentation même de la face cachée de la Sérénissime. Les prisonniers qui franchissaient ce pont n’existaient plus dans la société, ils étaient invisibles du reste de Venise et de ses habitants ! Ce pont couvert enfermait les cris, les plaintes amères et les regrets sincères de ceux qui le franchissaient. Les détenus pouvaient hurler mais ils étaient bien conscients que personne n’aurait pu entendre leurs hurlements languissants. Le pont des soupirs a été construit "couvert" dans un but bien précis : celui de faire passer les prisonniers (souvent innocents !) de leur cellule au Palais des Doges en toute discrétion, à l’abris des regards des vénitiens. Ainsi, personne ne pouvait soupçonner que les murs de ce pont si célèbre témoignaient en réalité d’une organisation secrète au sein du Palais des Doges.

Tel un coffre fort, ce sarcophage volant a gardé et enfouit en ses murs les cris désespérés des prisonniers qui clamaient leur innocence au reste de Venise. Le pont entièrement fermé assurait une organisation secrète bien gardée et empêchait tout risque d’évasion !

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San Giorgio Maggiore vue du pont...

Les fenêtres grillagées sont très étroites et ne laissent passer que très peu de lumière. Le "pont de la mort" offre une vue digne des plus belles cartes postales sur le campanile et la Basilique de San Giorgio Maggiore. Les détenus qui empruntaient ce chemin obscur pouvaient ainsi admirer une dernière fois l’image d’une Venise éclatante éclairée par les reflets scintillants du soleil sur sa lagune. Quand vous visiterez l’île San Giorgio Maggiore, n’oubliez pas de penser à ces malheureux prisonniers pour qui l’île était la dernière image de liberté avant de rejoindre leur cachot sinistre entouré en temps de crue par les eaux stagnantes du canal. Le passage sur le pont des soupirs représentait l’unique moment de liberté où les regards embrumés de larmes des prisonniers pouvaient s’échapper loin de cette prison sordide et lugubre qui les mèneraient aux portes évidentes de la mort...

Le pont des soupirs fut certainement le lieu d’intenses moments de tristesse, de profonds regrets et de sincères repentances. Si ce sarcophage est magnifique de l’extérieur, n’oublions pas que l’intérieur est un couloir de prison sinistre détenteur d’amères cris de désespoir.

Le double passage du pont des soupirs

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Le sinistre pont

Le pont doté d’un double passage fut construit à des fins très précises. Véritable témoin d’une organisation secrète du Palais Ducal, le pont peut mener à bien des endroits !

D’un côté, les prisonniers pouvaient rejoindre la partie noble du Palais des Doges : le tribunal, l’endroit où ils seraient jugés... Mais l’autre passage était bien plus sombre et bien plus austère. Il servait en réalité à conduire en toute discrétion les détenus vers des lieux insoupçonnables du Palais Ducal : la prison des Plombs située dans les greniers du palais, sous les toits faits de plaques de plombs. Les prisonniers pouvaient également être conduits dans des salles d’interrogatoire et de torture dissimulées sous le plancher des bureaux officiels du Palais Ducal.

Le pont des soupirs était donc doté d’un double passage qui permettait de communiquer entre la nouvelle prison des puits froide et humide située au sous-sol avec la prison secrète des plombs située dans les greniers du Palais des Doges où les prisonniers suffoquaient sous la chaleur des toits !

En prenant le pont, on pouvait aller soit aux puits où les cachots sombres et lugubres s’emplissaient d’eau en temps de crue soit aux plombs, prison destinée à renfermer les criminels d’Etat dans laquelle les 50° en été rendaient les conditions de vie insupportables pour les prisonniers !

Le pont des soupirs fut également le témoin de l’unique évasion de la prison des Plombs ! En 1756, Giacomo Casanova parvint à s’évader avec l’aide de son voisin de cellule. Plus tard, il fit le récit de cette incroyable évasion dans Histoire de ma vie.

Le pont des amoureux ?

Une erreur littéraire et historique a mené de nombreuses personnes à penser que le pont des soupirs était un lieu dédié aux amoureux. Beaucoup ont en effet pensé que le pont était un symbole fort du romantisme ! Un lieu mythique sur lequel les amoureux soupiraient...

Mais la réalité est bien moins romantique ! Le pont suggère surtout une funeste vérité... Le passage obligé et tant redouté des prisonniers qui ne reverraient jamais Venise et sa lagune. Un chemin lourd de conséquence qui a conduit de nombreux innocents repentants aux portes de la mort. Cette dernière les accueillait à bras ouverts en secret, à l’abris de tous les regards après plusieurs années passées en cellule. Le célèbre pont a certainement abrité le plus grand nombre de soupirs au monde. N’oubliez pas de penser aux malheureux pour qui le pont des soupirs revêtait une signification de douleur et de complaintes, et qui sait, peut-être entendez-vous leurs fantômes soupirer ?